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Aménagement, subst, masc.

Et demain, on fait quoi ?

EXPOSITION DU 16 JUIN AU 6 SEPTEMBRE 2020

Pavillon de l’Arsenal, Paris. 

 

Sens A – Action d’aménager, de rendre habitable (un lieu, une chambre, une maison, un navire).

 

L’humain est un aménageur. Il s’étend, s’étale et s’installe. Non sans conséquences. À l’heure de la crise majeure qui secoue la planète, le vivant sous toutes ces formes ne cesse d’être en contradiction avec la volonté maladive de l’espèce humaine d’aménager. N’entendons-nous pas parler de « nouveau plan d’aménagement » ? D’établissement public d’aménagement ? Les plus souvent accompagnés des mots ; attractivité, développement économique, accélération…

 

De cette folle gourmandise à empiéter sur des espaces dont les hôtes sont déjà établis, l’être humain menace durablement la biodiversité bien discrète. Alors, bien sûr, il arrive que l’on aménage un espace pour le réparer ou le laver de son passé. Par exemple, lors de l’exploitation de la terre ou des ressources qui ont finis par esquinter un équilibre. On aménage surtout pour accorder avec le reste du rêve de la construction humaine – dans un souci de continuité. Enfin, l’humain aménage le paysage et la nature avant tout pour son confort. À l’image de ses désirs, à l’échelle de son corps et de la circulation qui lui importe. On repense ici à la France balafrée par les supermarchés décrite par le romancier Michel Houellebecq, où le territoire n’est finalement qu’une carte à aménager.

 

Dans cette course folle de développement non-durable, les projets de l’espèce humaine à gratter sur les territoires de l’autre ou des autres ne sont jamais assouvis. Les frontières entre les pays existent pourtant, mais face à la nature, la main humaine apparaît sans limites. De nos terres, nous les avons transformé en formidable grenier agricole suivant les brillants plans d’instituts nationaux et d’autres aménageurs tout aussi compétents. De nos forêts, nous en avons fait des usines à bois durablement gérées tout de même. De nos montagnes, enfin, les parcs nationaux, résistent comme ils peuvent à l’attraction touristique et aux promeneurs avides de nourrir les marmottes.

 

Des établissements et associations de défense de la nature témoignent de la contradiction entre une nature, terrain de jeux, terrain de ressources et la sauvage et hégémonique appropriation de l’espèce humaine sur son environnement. Le bras de fer sera et restera différent entre des visions respectueuses du vivant.

 

La ville, malgré ses efforts de reconquête du vivant a durablement relayé la biodiversité au rang d’apparat ou de coloration. Reste la campagne et la nature environnante encore non conquise par la bétonnière. C’est pourquoi, les enjeux de demain de réconciliation et de protection des espaces de biodiversité seront à engager, non au service de l’humain une nouvelle fois, mais au service d’une nature qui existait bien avant notre venue. D’où le paradoxe insolvable de l’aménagement – autrement dit, rendre habitable, non seulement pour l’humain, mais en priorité pour les espèces habitantes ; les natifs.

 

Le déclin de la biodiversité repose principalement sur la perte d’habitats pour des populations animales et végétales. Et ainsi, la destruction des milieux, des éco-systèmes. Nous rasons les habitats de certains pour bâtir les nôtres sans relogement. À l’heure de l’Anthropocène, ces expropriations auraient un coût : l’extinction de masse de l’espèce humaine et plus encore de la biodiversité fragilisée voir détruite par nos mains.

 

Gageons, que le monde de demain saura respecter les leçons du passé et ne plus parler « d’aménagement » mais de « ménagement du territoire » afin de rendre la terre habitable non seulement pour l’humain, mais pour toutes les espèces qu’il aura su préserver.